Soyons honnêtes, j’ai mis 5/20 à mon évaluation à la faculté mais je ne vais pas vous parler de ma chef horrible qui ne faisait que me crier dessus. Je ne vais pas non plus vous parler de mes internes qui m’ignoraient. Je ne vais pas non plus vous parler de ce chef qui m’a demandé depuis quand les externes pouvaient toucher les patients. Je ne vais pas non plus vous parler de cette IADE qui m’a dit que le ton que j’utilisais quand je parlais était désobligeant.
Je vais plutôt parler de ce que j’ai aimé.
J’ai bien aimé, l’anesthésie
les intubations
les patients
les peridurales
le remplissage
les amines
les polytraumatisés
les infirmières
les cathéters
les respirateurs
le bruit des alarmes
les pyjamas
les patients qui se reveillent
les seringues électriques
les blocs opératoires derrière le champs
les staffs
le nom des produits anesthésiants
la reflexion
les entrées en réanimation
Si ce n’étais pas clair, malgré un stage affreux qui ne aurait pu mieux se dérouler, j’ai bien aimé ce stage. J’ai trouvé cela très intéressant et j’ai vraiment envie de continuer dans ce chemin plus tard.
Je vais faire un autre stage de réanimation chirurgicale dans un autre service bien mieux noté pour être sure mais si même dans un stage horrible j’ai toujours envie d’être dans ce domaine je crois que c’est un signe.
Maintenant direction la chirurgie avec un stage en ORL, ophtalmologie et neurochirurgie… A suivre.
Vendredi soir, je suis allée au cinéma voir un film : Rabbit Hole. J’y suis allée car il y a Nicole Kidman et qu’elle me déçoit très rarement.
Sans surprise, je n’ai vraiment pas été déçue. Mon admiration pour cette actrice est totale et son rôle dans ce film est à couper le soufle. Et ce magnifique film la sublime plus que jamais.
Bref, je ne vais pas vraiment vous parler de ce film mais plutôt du thème qu’il aborde : le décès d’un enfant.
J’ai passé mes trois premiers mois d’externat en réanimation pédiatrique. Je ne suis pas une personne trop fan des enfants mais je choisissais en dernier, je devais faire un stage de pediatrie et celui là n’est pas très loin de ma maison.
Le premier jour, le chef nous a montré le service et nous a expliqué le fonctionnement et notre rôle. Il nous a preciser que la psychologue était disponible et qu’il ne fallait pas hésiter à la contacter.
Au debut j’étais un peu perplexe.
La première semaine c’est bien passé, j’ai adoré travailler avec ces enfants, ils ont une combativité superbe, le regard plein d’espoir vous en donne aussi et le paradoxe d’une unité de réanimation avec les jouets des enfants et les peluches qui colonisent le service est saisissant.
Puis un jour, est arrivé la petite Jade. 3 ans 1/2, le sourire ravageur d’une petite fille adorable et hélas une maladie pas marrante : l’oxalose.
Elle sors de greffe et malgré tout ce qu’elle vient de vivre, elle arrive à me montrer ses dessins et à rigoler à la vue des miens.
Bref avec les enfants, je me suis rendue compte qu’il est impossible de ne pas s’attacher.
Au bout d’une semaine, on commence à parler de sortie, quand tout se complique brutalement, le greffon arrête de fonctionner. Sa fonction hépatique se degrade et sa fonction rénale déjà bien mauvaise ne fait qu’empirer. Staff, réunion et autre ne lui donne pas beaucoup de temps, mais les chirurgiens l’ont mises en attente pour une greffe rein+foie et moi j’y crois. C’est avec tristesse que je vois mes chefs l’intuber. Et un lundi matin, j’arrive, sa chambre n’est pas vide, mais ce n’est pas elle.
Je m’assoie et attend le staff : Jade est décédée dans la nuit de samedi.
J’ai attendu en me mordant les lèvres la fin du staff et je suis allée dans le vestiaire, je me suis mise à pleurer. Ma vie personelle n’était pas des plus simple, et perdre cette petite m’a fait beaucoup de mal. J’ai pendant longtemps imaginé ses parents et sa famille, je me demandais comment il avait vécu cela, et comment on pouvait s’en remettre.
Je crois qu’on ne s’en remet jamais vraiment mais il y a une idée dans “Rabbit Hole” que j’ai bien aimée. Le sentiment de tristesse et cette colère, c’est ce qu’il vous reste de votre enfant alors on préfère ne pas s’en séparer et c’est cela qui rend le deuil difficile. Ce film montre les sentiments parfaitement et c’est surement pour cela que j’ai adoré.
Moi j’ai tourné la page, je suis passée à d’autres patients, tous ne s’en sont pas sortis mais certains oui. Et c’est avec un immense sourire qu’un jour, dans l’ascenseur, est entré Elsa, une petite greffée qui a mis du temps a sortir de réanimation. Sa maman lui avait donné un bout de son foie pour la sauver et, elle était là, debout souriante et en pleine forme dans ce petit ascenseur. Elle ne m’a pas reconnue mais ces parents oui. J’avais passé une heure à tenir sa petite main pendant un examen de radiologie interventionelle et ils s’en sont souvenus. Ils m’ont souris et ont dis à la petite de me dire merci. Je crois qu’elle n’a pas trop compris mais elle l’a fait. La joie que j’ai ressentie à ce moment dépasse beaucoup de bon moment de ma jeune vie.
Tout ca pour vous dire que la pediatrie ca m’a bien plus, psychologiquement parlant j’étais quand même bien contente de changer de service mais j’en garde un excellent souvenir.
Pour ceux que cela interessent :
Rabbit Hole de John Cameron Mitchell – En ce moment dans les salles…